Histoire de Néfiach
Plus de mille ans d’histoire, entre la Têt, la garrigue et une église remarquable.
Blottie sur la rive droite de la Têt, entre plaine fertile et garrigue, Néfiach porte les traces d’une histoire qui remonte à plus de mille ans. Village agricole tourné aujourd’hui vers le maraîchage, il a connu bien des visages au fil des siècles : terre défrichée par des moines, enjeu de rivalités seigneuriales, chantier d’une église remarquable, et village résilient face aux caprices de la rivière.
Préhistoire → IXe siècle
Des origines bien plus anciennes qu’il n’y paraît
Avant même d’avoir un nom, le territoire de Néfiach était habité. Un champ d’urnes funéraires découvert entre Néfiach et Millas atteste d’une présence humaine remontant à l’âge du Fer, il y a environ 2 600 ans.
Le sous-sol garde aussi la mémoire d’une époque bien plus lointaine : il y a plusieurs millions d’années, la mer recouvrait le secteur. Les falaises de cette époque, riches en huîtres et coquillages fossilisés, sont connues des géologues sous le nom des « orgues de Néfiach ». On y a même retrouvé le squelette d’un rhinocéros fossile !
Le nom du village apparaît par écrit pour la première fois à la toute fin du IXe siècle, vers 898, dans une charte du monastère de La Grasse qui mentionne « Nisifiaco » parmi ses possessions. Ce nom, comme beaucoup d’autres se terminant en « -ach » en Roussillon et en Conflent, vient probablement d’un ancien suffixe latin (« -acum ») utilisé pour désigner le domaine d’un propriétaire terrien à l’époque gallo-romaine.

Xe – XVe siècle
Moines et seigneurs
Vers l’An Mil, ce sont les moines des abbayes voisines (La Grasse, puis Cuxa) qui organisent le défrichement des terres et la mise en culture de la plaine et de la garrigue. Une église dédiée à Sainte Marie existe déjà en 1149, ce qui laisse penser qu’un village relativement groupé commence à se former autour d’elle.
Néfiach n’a cependant jamais été un village vraiment indépendant. Coincé entre les puissantes seigneuries d’Ille et de Millas, il passe de mains en mains au fil des siècles. Une première fortification (un « castrum ») est mentionnée en 1274 ; aujourd’hui encore, quelques portions de murs près de l’église rappellent l’existence d’anciens remparts.
(image d'illustration générée par l'iA)

XVIe – XVIIe siècle
Guerres et épidémies
Comme tout le Roussillon, Néfiach traverse des périodes difficiles : épidémies de peste, passages de troupes, pillages. En 1640, le village se retrouve même pris entre deux camps lors d’un conflit entre la France et l’Espagne, au point qu’il ne reste plus que 20 maisons habitées après avoir été incendié par les soldats du roi de Castille.
En 1659, le traité des Pyrénées rattache définitivement le Roussillon, et donc Néfiach, au royaume de France.
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XVIIIe siècle
Le XVIIIᵉ siècle : inégalités et grand projet commun
Au XVIIIe siècle, la vie des Néfiachois n’a rien d’idyllique. Le village dispose de peu de terres, et les meilleures d’entre elles appartiennent à de riches propriétaires nobles ou bourgeois qui ne vivent même pas sur place, tandis que les paysans supportent l’essentiel des impôts et des corvées. Ce ressentiment s’exprime clairement en 1789, dans le cahier de doléances rédigé par la communauté : les habitants y réclament que les nobles paient enfin leur part d’impôts et qu’un système plus juste soit instauré.
C’est pourtant à cette même époque que le village se lance dans son plus grand chantier : la construction de l’église actuelle, portée par la volonté et la générosité du curé Mathieu-Antoine Maron, qui dirige la paroisse de 1718 à 1754. À sa mort, il lègue l’argent nécessaire pour financer les magnifiques retables sculptés et les tableaux qui ornent encore aujourd’hui l’édifice.
(image d'illustration générée par l'iA)
En juin-juillet 1793, alors que les villages voisins accueillent plutôt bien une invasion de troupes espagnoles, Néfiach résiste et refuse de se soumettre pendant cinq jours, malgré les pillages et les menaces d’incendie de la commune.

Néfiach et la Têt : une longue histoire d’eau
Construit tout près de la rivière, Néfiach a toujours eu une relation compliquée avec la Têt : bienfaitrice quand elle irrigue les cultures, dévastatrice quand elle déborde. Les archives gardent le souvenir de nombreuses crues, dont la terrible inondation de 1763, mais c’est surtout l’« aiguat » d’octobre 1940 qui reste gravé dans la mémoire collective : 29 immeubles détruits, des maisons entières emportées par les flots.
Pendant des siècles, le village tente en vain de construire un pont durable pour relier Néfiach à la garrigue. La tentative la plus marquante date de 1960-1961 : un vrai pont en béton est enfin construit… mais les crues de l’automne suivant en déforment complètement le tablier après seulement quelques mois d’usage ! Ses piliers, devenus inutiles, ne seront détruits qu’en 1979. Depuis, le village est protégé par une digue achevée en 1963.
L’irrigation, elle, remonte à bien plus loin : dès le XIIe siècle, un canal relie Néfiach à Millas pour alimenter les moulins et arroser les cultures, donnant lieu au fil des siècles à d’innombrables procès entre les deux communautés pour se partager l’eau.

XIXe – XXe siècle
De la vigne aux vergers
Longtemps, Néfiach vit de ses céréales (blé, seigle, avoine) et de sa vigne, plantée aussi bien en plaine que sur les pentes de la garrigue. Comme partout dans la région, la crise du phylloxéra puis les années de mévente plongent de nombreux petits viticulteurs dans la difficulté : en mai 1907, une importante délégation de Néfiachois participe aux grandes manifestations viticoles de Perpignan.
Ce n’est finalement que dans les années 1930 que le village amorce sa reconversion vers les cultures maraîchères et fruitières - pêchers et salades - qui façonnent encore aujourd’hui le paysage agricole de la commune.

Un joyau à découvrir : l’église Sainte-Marie
L’église actuelle, construite en deux temps (le sanctuaire et quatre chapelles au XVIIIe siècle, puis quatre chapelles supplémentaires en 1852), abrite un patrimoine artistique remarquable : le retable du maître-autel, œuvre du sculpteur Navarre et du menuisier Paul Courty, orné de quatre colonnes en marbre de Caunes et d’une statue de saint Antoine accompagné de son cochon.
Plusieurs chapelles, chacune dotée de son propre retable sculpté, ainsi qu’une dizaine de tableaux classés Monuments historiques peints par Pierre-Jean Rieudemount, complètent cet ensemble. Le clocher porte deux cloches anciennes, datées de 1622 et 1697.

Néfiach aujourd’hui
De ses origines de hameau défriché par des moines à son identité actuelle de village maraîcher protégé des crues par sa digue, Néfiach a su traverser les siècles en préservant à la fois son patrimoine bâti — au premier rang duquel son église — et son lien étroit avec la terre et la rivière qui ont façonné son histoire.
